L’Odyssée : Nolan coche les cases, mais oublie un peu le voyage
Christopher Nolan s’attaque enfin à L’Odyssée, un projet qu’il voulait réaliser depuis longtemps. Sur le papier, tout faisait envie : un grand récit mythologique, un casting cinq étoiles, des décors naturels et de l’IMAX. Bref, de quoi relancer le péplum au cinéma et pourtant, à la sortie de la salle, le sentiment est plutôt mitigé. L’histoire, on la connaît : après la guerre de Troie, Ulysse cherche à rentrer chez lui, à Ithaque, auprès de Pénélope et de son fils. Son voyage va durer près de vingt ans et sera ponctué de monstres, de dieux, de tempêtes et de créatures mythologiques. Le problème, c’est que le film ne donne jamais vraiment l’impression que vingt ans passent.
Ulysse reste bloqué
C’est probablement le principal reproche que l’on peut faire au film. Ulysse traverse les épreuves, mais ne semble jamais vraiment évoluer. La culpabilité liée à la guerre de Troie est pourtant au cœur de son parcours, mais elle reste longtemps invisible. Puis, vers la fin, tout s’éclaire. Ulysse comprend et on pourrait presque parler d’un interrupteur : off au début, on à la fin. La narration éclatée de Nolan, faite de flashbacks et de récits racontés par différents personnages, n’aide pas vraiment. C’est malin, mais cela donne surtout l’impression que le personnage est figé et que l’on regarde simplement les morceaux de son histoire dans le désordre. Et cette mécanique très Nolan finit par peser. Le réalisateur aime expliquer, complexifier, préparer ses révélations. Ici, cela prend parfois le pas sur l’émotion.
Une odyssée en mode checklist
Autre frustration : certaines grandes étapes du récit sont expédiées. Le Cyclope, les sirènes, Poséidon… Tout est là (enfin presque...), mais sans toujours prendre le temps de développer ces rencontres. Les sirènes sont particulièrement frustrantes : elles apparaissent, on les regarde au loin, musique dramatique, et hop, on passe à autre chose, ce qui nous donne parfois l'impression que Nolan déroule une checklist : Cyclope, c'est fait. Sirènes, c'est fait. Calypso, c'est fait. Et c'est dommage, parce que lorsqu'il prend enfin le temps, le film peut être très surprenant.
Quand Nolan sort de sa zone de confort
Le passage chez Cersei est probablement le meilleur exemple, car pendant quelques minutes, Nolan se lance franchement dans l'horreur : les corps se transforment, la nourriture ressort des bouches, les hommes deviennent littéralement de la pâte à modeler, c'est franchement dégueulasse et surtout, ça fonctionne.
Le début autour du cheval de Troie est également une excellente idée : filmer les soldats enfermés à l'intérieur permet de rendre cet épisode mythologique beaucoup plus concret. On étouffe avec eux, on panique avec eux. Pendant quelques minutes, on se dit que le film va être formidable, et puis...et puis Nolan repart dans sa mécanique habituelle.
Un casting énorme, mais pas toujours au même endroit
Le casting impressionne, mais ne suffit évidemment pas à sauver le film. Robert Pattinson cabotine comme un malade et c'est un régal. Zendaya surprend également par un jeu très intériorisé. Elliot Page apporte une vraie émotion au fil du récit. Mais plusieurs personnages restent étrangement froids, notamment Pénélope et Calliope. Cette dernière est magnifique à l'image, mais semble parfois sortir d'une publicité Dior au milieu de la Grèce antique. Et c'est finalement le problème général du film : c'est très beau, mais rarement bouleversant.
Alors, on y va ?
Oui, quand même un peu. Parce que voir un grand péplum revenir au cinéma est plutôt une bonne nouvelle. Parce que certaines séquences sont vraiment réussies. Et parce que le film reste suffisamment ambitieux pour mériter qu'on se fasse son propre avis. Mais si vous n'êtes pas particulièrement fan de Nolan, inutile de vous précipiter.
Et si ce film pouvait donner envie à d'autres réalisateurs de remettre le péplum au goût du jour, ce serait déjà ça.


