À l'affiche CACHE : 28/08/26 18h54

Evil Dead Burn : quand le gore devient un terrain de jeu

Avec Evil Dead Burn, Sébastien Vaniček s’attaque à une franchise qui n’a plus grand-chose à prouver. Après la trilogie de Sam Raimi, la relecture de Fede Álvarez et Evil Dead Rise, difficile d’arriver avec une nouvelle variation sans donner l’impression de refaire ce qui existe déjà. Et c’est justement là que le réalisateur de Vermines tire son épingle du jeu : plutôt que de chercher à reproduire l’esprit de Raimi, il s’approprie l’univers pour y injecter ses propres obsessions. Le résultat est un film d’horreur particulièrement généreux, violent et surtout très inventif visuellement. Une générosité qui n’a pourtant pas totalement convaincu tout le monde autour de la table.

Publié le 11 août 2026
Evil Dead Burn - Les Deadites français ont du talent ?

Un Evil Dead qui préfère être lui-même

Ce qui frappe d’abord dans Evil Dead Burn, c’est sa volonté de ne pas simplement aligner les références à la saga. Le Necronomicon est là, les Deadites aussi, mais Vaniček ne semble pas particulièrement intéressé par l’idée de faire un catalogue de clins d’œil destinés aux fans. C’est justement ce qui a séduit Manu, qui voit dans le film une véritable relecture plutôt qu’un nouvel épisode appliquant mécaniquement les codes de la franchise. « Il arrive à faire un film de Vaniček tout en se servant de la boîte à outils d’Evil Dead », résume-t-il.

Cédric est beaucoup moins indulgent sur ce point. En tant que grand amateur de la mythologie Evil Dead, il regrette que le film entretienne selon lui un lien assez ténu avec ce qui a été construit auparavant. Pour lui, le problème ne serait probablement pas le même si le film ne portait pas ce nom. Cette question traverse finalement tout Evil Dead Burn : doit-on considérer le film comme une nouvelle pièce d'une mythologie ou comme un film de Sébastien Vaniček utilisant l'univers d’Evil Dead comme matière première ? Et selon la réponse, on ne regarde évidemment pas tout à fait le même film.

Evil Dead Burn - Les Deadites français ont du talent ?
© 2026 New Line Cinema

Le véritable monstre est peut-être ailleurs

Car derrière les litres de sang, Evil Dead Burn raconte surtout une histoire de violence. Alice est confrontée à un environnement familial dans lequel les rapports de domination et les violences conjugales semblent avoir contaminé tout le monde. Le film élargit progressivement cette idée en faisant de chaque lieu un espace potentiellement violent. Le travail, la voiture, la maison familiale et même le chantier deviennent autant de déclinaisons d’un même enfer. Le décor n’est donc jamais complètement neutre : il participe au récit et c’est probablement l’aspect le plus réussi du film. Vaniček ne se contente pas de plaquer un sujet sérieux sur un film gore ; il essaie de faire correspondre sa mise en scène à ce qu’il raconte.

La dimension familiale fait aussi écho aux précédents films de la franchise, qui ont progressivement déplacé leurs préoccupations vers la famille et les relations entre proches. Evil Dead Burn pousse cette logique encore plus loin, en faisant de la violence elle-même une sorte d’héritage familial.

Une mise en scène complètement déchaînée

Et puis il y a le spectacle. Sur ce terrain, Vaniček ne fait clairement pas les choses à moitié. La voiture devient un espace claustrophobique où chaque centimètre carré peut se transformer en piège, le miroir donne lieu à une séquence particulièrement inventive et certaines scènes de massacre ressemblent presque à des démonstrations de savoir-faire. La mise en scène est constamment en mouvement, avec une vraie attention portée à la géographie des lieux. Un choix qui rappelle d’ailleurs ce que le réalisateur avait déjà réussi à faire dans Vermines.

Pour Manu, cette inventivité est précisément ce qui fait de Evil Dead Burn une réussite. Certaines scènes ne sont pas simplement impressionnantes : elles racontent quelque chose sur les personnages et leur environnement. Mais cette débauche d’idées finit aussi par devenir le principal reproche de Cédric. À force de pousser tous les curseurs, le film aurait tendance à ne jamais laisser respirer son spectateur.

Jusqu’où peut-on pousser les potards ?

C’est finalement sur le rythme que le désaccord devient le plus intéressant. Evil Dead Burn est un véritable rouleau compresseur: une fois la machine lancée, les scènes de gore et les séquences horrifiques s’enchaînent sans véritable pause. Là où les films de Sam Raimi pouvaient passer brutalement de l’horreur au burlesque, Vaniček choisit plutôt de maintenir une tension presque permanente.

Pour Cédric, cette absence de respiration finit par provoquer une certaine lassitude. « On est tout le temps haut et il n’y a jamais de redescente », explique-t-il, estimant que le film aurait pu être raccourci d’une bonne quinzaine de minutes. Manu voit au contraire dans cette fuite en avant une cohérence avec le parcours d’Alice : la violence ne s’arrête jamais vraiment, même lorsqu’elle pense enfin pouvoir lui échapper. Le chaos permanent devient alors une traduction du traumatisme du personnage.

Et c’est peut-être ce qui rend le film intéressant à discuter : ses excès sont aussi bien sa plus grande qualité que sa principale faiblesse.

Un film qui divise, un peu...mais qui mérite d’être vu

Il est finalement assez difficile de ne pas aimer ce Evil Dead Burn... Le film peut agacer par son côté "explicatif", son intensité permanente ou certains choix liés à la mythologie de la franchise. Mais il est également difficile de ne pas reconnaître l’ambition et l’inventivité de sa mise en scène.

Alors, excellent Evil Dead ou excellent film de Vaniček qui porte le nom Evil Dead ? C’est probablement là que se situe notre principal désaccord.

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