Evil Dead - la trilogie qui a réinventé l’horreur
Imaginez une cabane perdue au milieu des bois. Pas de réseau, pas de voisins, juste le craquement des branches et le vent qui siffle entre les planches. Maintenant, ajoutez cinq amis, un livre maudit, et une caméra qui semble avoir une vie propre. Bienvenue dans Evil Dead, la trilogie culte de Sam Raimi qui a redéfini l'horreur dans les années 80 – et qui continue de hanter nos nuits.
Dans cet épisode spécial Halloween, nous nous sommes enfermés (volontairement...) un dimanche pluvieux, pour revisiter les trois premiers opus de cette saga mythique. Entre rires nerveux, cris étouffés et mauvaise foi légendaire (Manu...), on a essayé de décortiquer (Cédric...) ce qui fait d'Evil Dead bien plus qu'une simple série de films d'horreur : une expérience cinématographique unique, entre artisanat génial et folie pure.
Pourquoi Evil Dead est-il devenu culte ?
Si vous pensez que l'horreur se résume à des jump scares et des ados qui crient, Evil Dead va vous prouver le contraire. Dès le premier film (1981), Sam Raimi impose un style visuel inoubliable, mélange de plans expressionnistes dignes d'Hitchcock et de mouvements de caméra qui donnent l'impression que le mal lui-même vous court après. Et quand on vous dit "mouvements de caméra", on ne parle pas d'un travelling fluide avec un Steadicam : non, ici, la caméra est attachée à une planche de bois tenue par deux bougs qui courent comme des dératés dans la forêt. Bienvenue dans l'ère de la shaky cam, bien avant que votre cousin ne vous saoule avec ses vidéos TikTok tremblotantes.
Mais ce qui rend Evil Dead vraiment spécial, c'est son mélange unique d'horreur et d'humour. Une alchimie rare, surtout à l'époque, où les films d'horreur se prenaient généralement très au sérieux (sauf si vous comptez Le Bal des vampires, mais là, c'est une autre histoire). Avec Raimi, on passe du frisson à la rigolade en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Necronomicon ex-mortis". Et c'est cette dualité qui a inspiré des générations de cinéastes, de Peter Jackson (Braindead) à Edgar Wright (Shaun of the Dead).
Le duo Raimi-Campbell : une amitié qui saigne (littéralement)
Derrière la caméra, Sam Raimi. Devant, Bruce Campbell. Ces deux-là, c'est l'histoire d'une amitié qui a commencé au lycée et qui a donné naissance à l'un des duos réalisateur-acteur les plus iconiques du cinéma. Leur complicité transpire à l'écran, et pour cause : Raimi adore torturer Campbell, que ce soit en le faisant traîner dans la forêt par un pick-up ou en lui balançant des assiettes dans la figure. Campbell, lui, encaisse tout avec le sourire – ou du moins, ce qui en tient lieu quand on est possédé par un démon.
Leur relation rappelle d'autres grands tandems du cinéma, comme Scorsese-De Niro ou Burton-Depp. Sauf qu'ici, l'amitié se mesure en litres de sirop de maïs (le faux sang maison de Raimi) et en hématomes. Campbell résume d'ailleurs parfaitement leur dynamique : "Sam Raimi n'est pas seulement mon réalisateur, c'est mon meilleur ami. Mais c'est aussi un sadique qui adore me torturer à l'écran." Et franchement, on le croit sur parole.
Un tournage plus chaotique qu'une réunion de famille
Si vous pensez que tourner un film d'horreur est glamour (en vrai, qui pense ça ?), Evil Dead va vous détromper. Le premier opus a été tourné dans une vraie cabane abandonnée du Tennessee, en plein hiver, avec des températures dignes d'un épisode de Game of Thrones. Les acteurs gelaient sur place, les figurants désertaient en masse, et Bruce Campbell a passé une bonne partie du tournage avec un t-shirt trempé (spoiler : il faisait 2 degrés).
Et les effets spéciaux ? Parlons-en. Le sang ? Du sirop de maïs mélangé à du chocolat. Les masques des possédés ? Des lentilles si opaques que les acteurs voyaient à peine. Les scènes de possession ? Un mélange de stop-motion et d'animatronique qui rappelle les films de monstres des années 50. Bref, c'est du bricolage de génie, et c'est exactement pour ça qu'on adore.
D'ailleurs, si vous voulez voir à quoi ressemble un vrai film de potes, cherchez Within the Woods sur YouTube. Ce court-métrage tourné en Super 8 par Raimi et Campbell est en quelque sorte le brouillon d'Evil Dead. Et même si la qualité d'image fait mal aux yeux, on y reconnaît déjà tout le talent (et la folie) du duo.
Trois films, trois ambiances : lequel choisir ?
La trilogie Evil Dead est un peu comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Voici un petit guide pour s'y retrouver, sans spoilers bien sûr.
1. The Evil Dead (1981) : L'horreur pure et dure
Le premier opus, c'est l'essence même de l'horreur. Une cabane isolée, des amis qui découvrent un livre maudit, et une entité maléfique qui ne demande qu'à les posséder. Pas de temps mort, pas de blagues, juste une tension qui monte crescendo jusqu'à un final apocalyptique. Si vous aimez les films qui vous glacent le sang et vous laissent sans voix, c'est celui-là qu'il vous faut.
Et si les effets spéciaux vous semblent un peu datés, pas de panique : il existe un remake réalisé par Fede Alvarez (Alien: Romulus) qui modernise l'ensemble tout en rendant hommage à l'original. Mais attention, on reste dans l'horreur pure, alors si vous êtes du genre sensible, préparez-vous à serrer les dents.
2. Evil Dead II (1987) : L'horreur qui rit (jaune)
Avec le deuxième opus, Raimi prend un virage à 180 degrés. Exit l'horreur pure, place à la comédie horrifique. Ici, les scènes de possession sont entrecoupées de gags dignes des Three Stooges, et Bruce Campbell se transforme en une sorte de Buster Keaton possédé. Le résultat ? Un film qui vous fait hurler de terreur une minute et rire aux éclats la suivante.
C'est aussi dans ce film que Raimi pousse son style visuel à son paroxysme, avec des plans-séquences dignes d'un cartoon et une mise en scène qui joue constamment avec les limites de la crédibilité. Et si vous pensez avoir déjà tout vu en matière de possession, attendez de voir la fameuse scène de la main...
3. Army of Darkness (1992) : La fantasy déjantée
Le troisième opus, c'est la cerise sur le gâteau (ou le clou dans le cercueil, c'est selon). Ici, plus question d'horreur : on bascule dans la fantasy médiévale, avec des chevaliers, des squelettes en stop-motion et un Ash qui balance des punchlines comme s'il était dans une pub pour déodorant. Si vous vous attendiez à une suite logique des deux premiers films, vous risquez d'être surpris : Army of Darkness, c'est un peu comme si Sacré Graal et Les Visiteurs avaient eu un enfant illégitime.
Mais ne vous méprenez pas : malgré son côté parodique, le film reste un hommage vibrant aux films de monstres des années 50, avec une BO signée Danny Elfman (oui, le compositeur de Tim Burton) et des scènes d'action qui valent le détour. Et si vous êtes fan de stop-motion, vous allez être servis : les squelettes de Raimi sont tout simplement hilarants.
Le mot de la fin (ou presque)
À la fin de cet épisode spécial, une question reste en suspens : lequel des trois films a le plus marqué Cédric et Manu ? Spoiler : leurs avis divergent, et c'est justement ça qui fait tout le charme de Evil Dead. Une trilogie qui ne laisse personne indifférent, et qui prouve qu'avec un peu d'imagination, un budget serré et une bonne dose de folie, on peut créer quelque chose de vraiment unique.