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Un film qui se vit plus qu’il ne se raconte

Alors, de quoi parle After Sun ? Sur le papier, pas grand-chose. Un père trentenaire, Callum (Paul Mescal, révélé dans Normal People), et sa fille Sophie (Frankie Corio, 11 ans et une justesse à couper le souffle) passent une semaine dans un club de vacances en Turquie. Les parents sont séparés, l’ambiance est à la fois légère et chargée d’une mélancolie diffuse. On nage, on rit, on se dispute gentiment, on danse sous les stroboscopes d’une boîte de nuit… Bref, des vacances comme des millions d’autres. Sauf que.

Publié le 5 juin 2025
Aftersun - sous le soleil, la marine est blues

Sauf que, c'est un film qui ne se raconte pas. Ou si peu. Pas de rebondissements hollywoodiens, pas de méchants en costume, pas de fin spectaculaire avec explosions et larmes en gros plan. Non, After Sun est un film à portée d’homme.

Aftersun - sous le soleil, la marine est blues
© 2022 PASTEL

After Sun, c’est l’art de la suggestion. Comme ces souvenirs d’enfance qui resurgissent par bribes - une odeur de chlore, le goût d’une glace à l’eau, le rire d’un parent -, le film de Charlotte Wells se glisse sous votre peau sans que vous ne compreniez tout de suite pourquoi. "C’est comme regarder une cassette vidéo de vacances après que quelqu’un ait disparu", explique Cédric. Et c’est là que le bât blesse (ou plutôt, que le cœur se serre) : le film ne vous explique rien. Il se contente de poser des images, des silences, des regards en coin, et c’est à vous, spectateur, de combler les blancs avec votre propre vécu.

Le pouvoir des souvenirs (et des caméscopes qui grésillent)

Si After Sun marque autant, c’est parce qu’il ne se contente pas de raconter des souvenirs. Non, il en capture la sensation. Et pour ça, Charlotte Wells utilise tous les outils du cinéma et ceux de notre mémoire collective.

D’abord, il y a ces fameuses images "DV", ces plans granuleux et légèrement flous qui imitent les films de vacances tournés avec les caméscopes des années 90. "On a l’impression de regarder nos propres cassettes VHS", s’enthousiasme Cédric. Ces images-là, on les connaît tous : un pied qui traîne dans le cadre, un visage coupé en deux, un zoom trop rapide qui donne le tournis. "C’est exactement comme quand Papy et Mamie nous forçaient à regarder leurs trois heures de vacances en Dordogne". Sauf qu’ici, ces imperfections ne sont pas des défauts – elles sont le cœur même du film. Elles nous rappellent que les souvenirs, ce ne sont pas des photos nettes et précises, mais des fragments flous, déformés par le temps et nos émotions.

Ensuite, il y a la musique. Entre les tubes des années 90 (Queen, Bowie, Blur, R.E.M.…) et la bande originale minimaliste d’Oliver Coates, chaque note semble choisie pour nous faire voyager dans le temps. Losing My Religion de R.E.M. dans la scène du karaoké, c’est un coup de génie : la chanson, avec ses paroles sur le doute et la perte, colle parfaitement à l’état d’esprit des personnages et au nôtre, une fois que le film nous a pris dans ses filets.

Un film universel (même si vous n’avez jamais mis les pieds en Turquie)

Une question se pose alors : After Sun est-il un film générationnel ? Faut-il avoir connu les années 90, les clubs de vacances et les caméscopes pour être touché ? PAs du tout le film est très accueillant et c’est là toute la magie du film : même si vous n’avez jamais dansé la Macarena ou mangé une glace à l’eau sous 40 degrés, vous reconnaîtrez cette mélancolie qui accompagne les souvenirs d’enfance. "J’ai jamais été une petite fille de 11 ans, et pourtant, ça me parle", confirme Manu.

Un duo d’acteurs à couper le souffle

Si After Sun fonctionne aussi bien, c’est aussi grâce à ses deux acteurs principaux. Paul Mescal, déjà nommé aux Oscars pour ce rôle, incarne Callum avec une justesse désarmante. Tantôt père attentionné, tantôt homme brisé, il navigue entre légèreté et gravité avec une aisance qui force l’admiration. "On ne sait pas ce qu’il vit, mais on sent qu’il est en train de se noyer", analyse Manu. Et c’est cette opacité qui rend le personnage si attachant et si terrifiant.

Face à lui, Frankie Corio, 11 ans au moment du tournage, livre une performance tout simplement bluffante. Son ton naturel, sa spontanéité, sa façon de regarder son père avec un mélange d’admiration et d’incompréhension…


En conclusion : un film qui vous prend par surprise (et qui ne vous lâche plus)

After Sun, c’est un peu comme ces vacances qui, sur le moment, semblent banales, mais qui, des années plus tard, prennent une saveur particulière. Un film qui se savoure lentement, qui vous prend par surprise, et qui vous laisse KO sans que vous ne compreniez tout de suite pourquoi. C'est la vie. Et c’est bien ça, le plus beau : After Sun ne raconte pas une grande histoire. Il raconte votre histoire.

Alors, prêt à ressortir vos vieilles cassettes VHS ?

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