Watchlist CACHE : 01/03/26 16h52

As Bestas : quand le thriller rural devient une claque cinématographique

Imaginez : vous quittez la ville pour un coin de campagne idyllique, entre collines verdoyantes et ciels infinis. Vous rêvez d’une vie plus simple, plus proche de la nature. Sauf que vos voisins ne partagent pas vraiment votre enthousiasme. Bienvenue dans l’univers d’As Bestas, le film de Rodrigo Sorogoyen, où la beauté des paysages galiciens cache une tension sourde, prête à exploser à tout moment. Accrochez-vous, ça va grincer.

Publié le 23 février 2026
As Bestas - la violence au bout du chemin

As Bestas - la violence au bout du chemin
© 2022 Le Pacte

Un couple, un village, et des voisins pas très sympas

Antoine (Denis Ménochet) et sa femme (Marina Foïs) ont tout quitté pour s’installer en Galice, dans un petit village perdu. Leur projet ? Créer une ferme éco-responsable et retaper des maisons pour en faire des gîtes. Un rêve de bobo écolo, en somme. Sauf que leurs voisins, deux frères un peu rustres et très attachés à leur terre, voient d’un mauvais œil ces "étrangers" qui débarquent avec leurs idées modernes. Et quand un projet d’éoliennes vient s’ajouter à la liste des conflits, la situation dégénère… lentement, mais sûrement.

Rodrigo Sorogoyen, le maître du malaise

Si vous ne connaissez pas Rodrigo Sorogoyen, c’est belle porte d'entrée dans son cinéma. Ce réalisateur espagnol a fait ses armes avec des films comme Stockholm (un huis clos étouffant sur une relation toxique) ou Que Dios nos perdone (un polar poisseux sur fond de crise sociale à Madrid). Son style ? Une mise en scène épurée, des plans-séquences qui vous collent à la peau, et une façon de filmer les conflits comme personne. "Chez Sorogoyen, le dialogue finit toujours par se briser" explique Manu. Que ce soit dans un couple, entre flics ou entre voisins, ses personnages sont toujours enfermés dans des rapports de force. Et ça, ça rend ses films ultra réalistes.

Dans As Bestas, Sorogoyen pousse son art à son paroxysme. Il quitte les rues de Madrid pour la campagne galicienne, mais garde cette même obsession pour la violence sourde, celle qui couve avant d’exploser. Pas de scènes d’exposition interminables, pas de musique pour te dire quand t’es censé avoir peur, ou pleurer...juste des regards, des silences, et cette impression que le pire peut arriver à tout moment. Et commùe le dit Cedric: Sorogoyen ne prend pas le spectateur pour un idiot. Il distille les informations au compte-gouttes, comme dans la vraie vie, et laisse le malaise s’installer naturellement.

Un film qui vous juge (ou pas...on est pas sûr en fait)

Au-delà du thriller, As Bestas est une réflexion acide sur des sujets bien réels : l’immigration (ou plutôt l’expatriation ou l'émigration, choisissez...), la fracture entre ruraux et urbains, l’écologie quand elle devient un luxe, ou encore la violence comme seule réponse possible quand le dialogue est rompu. Le film te met face à tes propres préjugés, analyse Manu. Au début, on est clairement du côté d’Antoine et sa femme. Ils ont l’air sympas, ils veulent sauver la planète, ils sont écolos… Bref, ce sont les gentils. Sauf que Sorogoyen te montre que la réalité est bien plus complexe que ça.

Face a eux ce sont des gens qui ont passé leur vie dans ce village, qui voient leur mode de vie disparaître, et qui n’ont pas les moyens de s’adapter. En somme, As Bestas est un miroir tendu au spectateur : et toi, de quel côté tu te ranges ? Sans spoiler, sachez que la réponse n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Marina Foïs, une performance à couper le souffle

Si Denis Ménochet est excellent en mari dépassé par les événements, c’est Marina Foïs, la queen, qui vole la vedette dans la deuxième partie du film. Elle est bouleversante, son regard, ses silences, sa façon de porter son histoire avec vulnérabilité force résilience... Elle crève l'écran, elle est d'une justesse implacable, c'est du grand cinéma. On est pas juste amoureux : Marina Foïs livre ici l’une de ses meilleures performances. Son personnage passe de la femme déterminée à la mère brisée, sans jamais tomber dans le mélodrame. Chapeau.

Pourquoi faut-il absolument voir ce film ?

Parce que As Bestas est bien plus qu’un simple thriller. C’est un film qui vous prend aux tripes, qui vous fait réfléchir, et qui vous laisse KO à la fin. Sorogoyen prouve qu’on peut faire un éminemment film politique sans être trop didactique.

Cédric, lui, insiste sur l’aspect "cas d’école" du film : "Si vous voulez comprendre comment un réalisateur peut raconter une histoire à travers sa mise en scène, ses plans, ses silences… Regardez As Bestas. C’est un cours de cinéma à lui tout seul."

Et puis, avouons-le, après deux heures de tension à se demander quand et comment ça va péter, on a bien besoin d’une bonne claque pour se rappeler que le cinéma, parfois, ça secoue.


Mots clés :
ThrillerRodrigo SorogoyenWesternRuralBobo-ecolo
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