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Michael : le biopic qui fait du moonwalk autour des vrais sujets

Pour beaucoup de millenials, Michael Jackson fait partie du décor. Les clips passaient en boucle sur MTV, Thriller était presque un rite initiatique, et chaque soirée de mariage finissait inévitablement sur Billie Jean ou Beat It. Michael Jackson, c’était la bande-son d’une génération entière.

Publié le 13 mai 2026
Michael - biopic sincère ou machine à cash ?

Et puis en grandissant, quelque chose s’est fissuré, parce qu’écouter Michael Jackson aujourd’hui, ce n’est plus totalement neutre. Derrière les chorégraphies légendaires et les tubes planétaires, il y a aussi les accusations de pédocriminalité, les procès, les témoignages, les documentaires, le malaise permanent autour de la figure publique.

Et c’est précisément là que Michael échoue. Le biopic d’Antoine Fuqua refuse presque systématiquement d’affronter cette contradiction. Résultat : on se retrouve face à un film qui ressemble moins à un portrait qu’à une opération de communication sous perfusion familiale. Un immense clip Wikipédia ultra-lisse, incapable de choisir entre l’hommage béat, le produit nostalgique et le vrai portrait d’un artiste profondément troublé.

Beat It… avec les sujets qui fâchent

Michael - biopic sincère ou machine à cash ?
© 2026 Lionsgate

Faire un biopic sur Michael Jackson sans vraiment parler de Michael Jackson, fallait oser, et visiblement, Antoine Fuqua l’a fait. Parce qu’on parle quand même d’un artiste fascinant ET profondément dérangeant. Un type capable de révolutionner la pop culture, le clip vidéo, la danse et l’industrie musicale… tout en traînant derrière lui des accusations parmi les plus glauques de l’histoire du show-business.

Et le film alors ?

Il esquive ça comme Neo dans Matrix. Alors oui, Michael s’arrête chronologiquement avant les grands procès. Mais impossible de faire comme si toute cette noirceur n’existait pas déjà dans l’imaginaire collectif autour du personnage. Le problème, c’est que le film ne cherche jamais à interroger ce malaise. Au contraire : il nous installe un Michael quasi angélique, éternelle victime d’un père tyrannique, naïf, gentil, presque transparent. Et c’est là que le projet devient profondément gênant. Parce qu’un biopic n’est pas censé protéger une marque. Il est censé raconter un être humain. Ses contradictions, ses obsessions, ses zones d’ombre, ses failles. Ici, tout semble validé par un comité juridique terrifié à l’idée de froisser l’héritage Jackson.

Michael est un film fait avec beaucoup de pincettes… et un avocat dans la pièce.

Smooth Criminal, rough reality

Le plus absurde, c’est que Michael ne parvient même pas à expliquer pourquoi Michael Jackson était Michael Jackson.

Le film aligne les moments cultes comme une playlist Spotify sous stéroïdes :

“Oh regardez, Thriller !”

“Oh regardez, Billie Jean !”

“Oh regardez, la pub Pespi !”

“Oh regardez, la première rhinoplastie !”

Heu... merci, on connaît Michael Jackson.

Mais derrière ces images iconiques, il n’y a jamais de réflexion sur le génie créatif du personnage. On ne comprend ni son obsession maladive du contrôle, ni sa fascination pour le cinéma d’horreur, ni la manière dont il a transformé le clip musical en véritable événement culturel mondial.

Le duo avec Quincy Jones ? Survolé.

La création de Thriller ? Résumée à quelques scènes expédiées.

Son rapport à son corps, à la célébrité, à l’isolement ? Flemme.

Le plus frustrant, c’est qu’il y avait un vrai film à faire.Comment un gamin terrorisé des Jackson 5 devient-il la plus grande pop star du monde ? Comment une enfance détruite peut-elle produire une œuvre aussi immense ? Pourquoi ce mélange de bizarrerie, de perfectionnisme maladif et de solitude a-t-il autant marqué la culture populaire ?

Le film n’a jamais le courage de creuser ces questions et à force de vouloir protéger l’icône, Michael finit par vider Michael Jackson de toute sa substance. Il ne reste qu’une silhouette ultra-lisse, une succession de clips reconstitués, techniquement impeccables… mais dramatiquement morts.Comme un musée Grévin sous anxiolytiques.

They Don’t Care About Truth

Le pire, c’est qu’on sent constamment le film terrorisé à l’idée de déranger qui que ce soit. Même les scènes les plus dures - notamment l’enfance sous l’emprise du père - finissent par être édulcorées. Le début du film laisse pourtant entrevoir quelque chose de plus sombre, de plus violent, presque dérangeant. Puis tout disparaît progressivement dans une espèce de grand hommage aseptisé où plus rien n’a de poids.

Michael ne raconte jamais vraiment un homme, il protège surtout une légende commerciale.

Et c’est peut-être pour ça que le film ressemble autant à Bohemian Rhapsody : même obsession de la validation familiale, même peur des aspérités, même manière de transformer des artistes profondément complexes en mascottes pop inoffensives.

Alors oui, les fans hardcore vont probablement adorer revoir les clips cultes sur grand écran. Et honnêtement, les performances musicales fonctionnent parfois très bien. Jaafar Jackson reproduit certaines chorégraphies avec une précision assez bluffante.

Mais si vous cherchez à comprendre pourquoi Michael Jackson fascine autant qu’il met mal à l’aise, passez votre chemin : YouTube regorge déjà de clips, les documentaires racontent beaucoup mieux l’homme et Wikipédia est presque plus passionnant que ce film.

Parce qu’un biopic devrait chercher une vérité. Même inconfortable. Là, on a surtout l’impression d’assister à deux heures de contrôle dégâts chorégraphié, perdu quelque part entre MTV et Neverland. Techniquement impressionnant parfois. Humainement ? Quasi vide.

Mots clés :
MichaelbiopicAntoine Fuquascandale
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