Les hommes préfèrent les blondes : bien plus qu’un simple éclat de diamant
On a tous en tête cette image iconique : Marilyn Monroe, drapée dans sa robe rose satinée, entourée d’une nuée d’hommes en smoking, entonnant le légendaire "Diamonds Are a Girl’s Best Friend". C’est le sommet du glamour hollywoodien, le summum du Technicolor des années 50. Mais derrière cette façade étincelante et ce titre qui semble sorti d'un manuel de drague d'une autre époque, le film d'Howard Hawks cache une mécanique bien plus fine - et parfois plus cynique - qu'il n'y paraît.
Un duo de choc sur le pont du paquebot
L’histoire, en apparence, est simple : Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et Dorothy Shaw (Jane Russell), deux meneuses de revue, embarquent pour une traversée transatlantique. Direction la France, avec en ligne de mire pour Lorelei un mariage avec un richissime héritier. Ce qui commence comme une comédie légère se transforme vite en une série de quiproquos, de filatures et de numéros musicaux devenus cultes. C’est ici que la magie opère. L’alchimie entre les deux actrices est palpable, presque électrique. D'un côté, Marilyn, la blonde platine, joue de son image de "poupée" pour mieux manipuler son monde. De l'autre, Jane Russell, brune et impériale, impose une présence forte, presque protectrice. "C’est un film qui met en scène deux facettes féminines qui vont vers la même chose : l’une ne se soumet pas aux hommes, l’autre joue avec les codes masculins pour les retourner contre eux", souligne Cédric.
Marilyn Monroe : l’art du masque
Si le film a propulsé Marilyn au rang de super star internationale, il faut bien avouer qu’il l’a aussi enfermée, pour le meilleur et pour le pire, dans ce rôle de "blonde idiote". Pourtant, à y regarder de plus près, le personnage de Lorelei est tout sauf une sotte. Elle est d'un pragmatisme redoutable. Comme le fait remarquer Manu, "sous son emballage glamour, le film est beaucoup plus cynique et profond que ce qu'on pourrait croire au premier abord". Marilyn, avec une précision d'orfèvre, utilise le regard, le sourire et une feinte naïveté pour désarçonner ses interlocuteurs. Elle sait exactement ce qu'elle veut et, surtout, elle sait comment l'obtenir. C’est une performance de comédienne qui mérite d'être redécouverte aujourd'hui, loin des clichés qui ont fini par coller à la peau de l'actrice.
Une mise en scène qui interroge le désir
La force du cinéma d'Howard Hawks, c'est cette capacité à transformer l'espace. Dans ce film, la mise en scène ne sert pas seulement à filmer des chorégraphies ; elle organise littéralement le désir. Que ce soit sur le pont du bateau ou dans les salons parisiens, chaque mouvement des actrices est une manière de prendre le contrôle. Cependant, tout n'est pas rose. Le film divise, et c'est ce qui le rend passionnant. Si certains sont transportés par la légèreté et le charme, d'autres peinent à adhérer à la narration ou aux passages musicaux. "Le problème, c'est que l'histoire, j'y crois pas du tout, du début à la fin", confie Cédric, pointant du doigt les ficelles parfois trop grosses d'un scénario qui semble, par moments, s'égarer dans ses propres clichés.
Pourquoi faut-il le voir (ou le revoir) ?
Au-delà des débats sur la pertinence des numéros musicaux ou la crédibilité des décors de studio, Les hommes préfèrent les blondes reste un objet cinématographique rare. C'est le témoignage d'une époque où Hollywood osait filmer l'amitié féminine comme un lien indéfectible, capable de renverser des montagnes (ou, dans ce cas précis, de résoudre un procès rocambolesque). C’est aussi un film qui, sous ses airs de comédie musicale légère, propose une réflexion sur le pouvoir, l'argent et le regard que la société porte sur les femmes. Comme le dit très justement Manu, "c’est une scène de négociation commerciale déguisée en fantasme masculin". En somme, c'est le genre de classique qui ne vous laisse jamais indifférent.