Watchlist CACHE : 04/03/26 15h33

L’Été de Kikujiro — la route de l’enfance perdue

Imaginez un road-movie où le GPS serait remplacé par des blagues pourries, où les aires d'autoroute sentiraient la barbe à papa, et où le copilote aurait plus de chances de vous faire pleurer que de vous indiquer la prochaine sortie. Bienvenue dans L'Été de Kikujiro, le film de Takeshi Kitano qui prouve qu'on peut être un dur à cuire du cinéma japonais et signer un chef-d'œuvre de tendresse et d'absurdité.

Publié le 18 septembre 2025
L’Été de Kikujiro — la route de l’enfance perdue

Dans cet épisode de Ya du Bruit dans la Bobine, Manu et Cédric se sont lancés sur les routes du Japon avec Masao, un petit garçon en quête de sa mère, et Kikujiro, un anti-héros aussi bourru qu'un yakuza en cure de désintox. Spoiler : ce n'est pas un film de gangsters. Enfin, si, mais seulement si on considère que les gangsters portent des déguisements de poulpe et pleurent en regardant des couchers de soleil.

Un film qui prend son temps (et c'est tant mieux)

Sorti en 1999, L'Été de Kikujiro est le septième film de Takeshi Kitano, un réalisateur plus connu pour ses films sombres et violents comme Sonatine ou Hana-bi. Ici, il change radicalement de registre pour nous offrir une œuvre poétique, drôle et profondément humaine. Et si le film démarre un peu lentement, comme un vieux scooter qui toussote avant de prendre la route, c'est pour mieux nous embarquer dans une aventure où chaque plan, chaque dialogue, chaque silence compte.

Cédric, qui a choisi le film pour cet épisode, avoue avoir senti une "énorme pression" avant le visionnage. Et pour cause : L'Été de Kikujiro est l'un de ses films préférés. Manu, lui, le découvrait pour la première fois. Et si son avis est globalement positif, il n'a pas hésité à partager ses quelques réserves, notamment sur la musique et le rythme de la première partie. Mais rassurez-vous, même avec ces petits bémols, le film a su le toucher. Preuve que Kitano a plus d'un tour dans son sac pour nous faire vibrer.

Un road-movie pas comme les autres

Le pitch est simple : Masao, un petit garçon solitaire, décide de partir à la recherche de sa mère qu'il n'a pas vue depuis longtemps. Il est accompagné par Kikujiro, un homme bourru et immature qui va peu à peu se révéler être bien plus qu'un simple chaperon. Leur voyage est ponctué de rencontres improbables, de gags absurdes et de moments de grâce qui donnent au film une tonalité unique, entre burlesque et mélancolie.

Manu et Cédric ont été particulièrement sensibles à cette dualité. D'un côté, le film aborde des thèmes lourds comme l'abandon, la solitude ou la reconstruction familiale. De l'autre, il le fait avec une légèreté et une poésie qui évitent tout pathos. "C'est un film qui parle de choses simples, mais qui nous apprend à regarder le monde différemment", résume Cédric. Et c'est vrai : entre les blagues pourries de Kikujiro, les déguisements ridicules et les paysages japonais à couper le souffle, L'Été de Kikujiro est une invitation à ralentir et à savourer les petits bonheurs du quotidien.

L’Été de Kikujiro — la route de l’enfance perdue
© 1999 Nippon Herald Films

Un duo improbable et attachant

Le cœur du film, c'est bien sûr la relation entre Masao et Kikujiro. Le premier est un enfant mature, presque trop sérieux pour son âge. Le second est un adulte qui refuse de grandir, un éternel gamin enfermé dans un corps d'homme. Leur dynamique est à la fois drôle et touchante, et c'est ce contraste qui rend leur voyage si captivant.

Cédric voit dans cette relation une réflexion sur la parentalité et les liens du cœur. "C'est un film qui montre que la famille, ce n'est pas seulement une question de sang, mais aussi de choix et d'affection", explique-t-il. Manu, lui, a été marqué par la tendresse qui se dégage de certaines scènes, notamment lorsque Kikujiro prend la main de Masao pour le réconforter. "C'est un film qui parle d'amour, mais d'un amour viril, sans mièvrerie", ajoute-t-il.

Une esthétique à couper le souffle

Si L'Été de Kikujiro est un film si poétique, c'est aussi grâce à sa photographie sublime. Katsumi Yanagishima, le directeur de la photo attitré de Kitano, signe ici des plans magnifiques, entre lumière crue et ombres douces, qui donnent au film une atmosphère à la fois réaliste et onirique. "J'adore les plans nocturnes, les couchers de soleil, les paysages de campagne... C'est un régal pour les yeux", s'enthousiasme Cédric.

Manu, lui, a été particulièrement sensible aux plans fixes et aux dézooms qui ponctuent le film. "Ça donne un côté théâtral, presque BD, qui est vraiment rigolo", explique-t-il. Et c'est vrai : entre les scènes de piscine où Kikujiro se noie dans sa bouée et les déguisements absurdes de la deuxième partie, le film oscille constamment entre humour et émotion.

Une musique qui divise (mais qui reste magnifique)

Si L'Été de Kikujiro a su conquérir Manu et Cédric, il y a un point sur lequel ils ne sont pas tout à fait d'accord : la musique. Composée par Joe Hisaishi, le fidèle collaborateur de Hayao Miyazaki, la bande originale est un mélange de mélodies douces et de thèmes plus sombres. Et si Cédric en est fan, Manu, lui, a trouvé le thème principal un peu trop "sucré", presque "Kledermann" (oui, vous avez bien lu).

"C'est une honte !", s'exclame Cédric, visiblement scandalisé par cette comparaison. "La musique souligne l'émotion du film, elle est là pour nous toucher !" Et c'est vrai : même si Manu n'a pas accroché à tous les morceaux, il reconnaît que la musique joue un rôle essentiel dans l'atmosphère du film. "Elle est là aux moments clés, pour marquer les ruptures et les nouvelles aventures", explique-t-il.

Un film à voir absolument (même si vous n'aimez pas les clochettes)

Au final, L'Été de Kikujiro est un film qui ne laisse pas indifférent. Entre humour et émotion, poésie et absurdité, il nous offre un voyage inoubliable à travers le Japon et les méandres du cœur humain. Et même si Manu a quelques réserves sur la musique et le rythme, il n'hésite pas à le recommander : "C'est un film hyper touchant, avec des images magnifiques, de la tendresse et de l'humour. Allez-y, foncez !"

Cédric, lui, est encore plus enthousiaste : "C'est un film qui parle de choses universelles, comme l'amour, la famille et la reconstruction. Et en plus, c'est drôle ! Que demander de plus ?"

Quelques conseils pour prolonger le plaisir

Si cet épisode vous a donné envie de découvrir (ou redécouvrir) L'Été de Kikujiro, sachez qu'il est disponible en VOD sur Canal+ et en DVD/Blu-ray. Et pour prolonger le plaisir, voici quelques recommandations de Manu et Cédric :

  • Les autres films de Takeshi Kitano, notamment Hanabi, un chef-d'œuvre sur un yakuza qui emmène sa femme mourante en voyage.
  • Les films de Hirokazu Kore-eda, un réalisateur japonais qui explore lui aussi les thèmes de la famille et de la reconstruction, avec des films comme Nobody Knows ou Shoplifters.

Conclusion : un film qui sonne juste

En conclusion, L'Été de Kikujiro est un film qui mérite d'être vu, ne serait-ce que pour sa beauté visuelle, son humour décalé et ses personnages attachants. C'est un road-movie pas comme les autres, où les paysages japonais se mêlent aux émotions les plus intimes, et où un petit garçon et un anti-héros bourru nous rappellent que la vie, parfois, est une question de choix et de rencontres.

Mots clés :
KikujiroKitanoJapon
Épisode en cours
Aucun épisode en cours
Choisissez un épisode pour commencer l'écoute.
0:00 / 0:00
À L'ÉCOUTE
Épisode en cours
Y'A DU BRUIT DANS LA BOBINE
Aucun épisode en cours
0:00 / 0:00