Frankenstein de Del Toro et Avatar 3 de Cameron : deux monstres sacrés, deux déceptions ?
D’un côté, Guillermo del Toro s’attaque enfin à Frankenstein, ce mythe littéraire qu’il rêve d’adapter depuis des années, avec l’ambition de coller au plus près du roman de Mary Shelley. De l’autre, James Cameron nous ramène sur Pandora avec Avatar 3 : Le Chemin de l’Eau, troisième volet d’une saga qui a révolutionné les effets spéciaux et le cinéma en 3D. Deux réalisateurs au sommet de leur art, deux projets chargés d’attentes…
Frankenstein : une adaptation trop sage ?
Guillermo del Toro adapte enfin le roman de Frankenstein, un texte fondateur qu’il porte en lui depuis toujours. Forcément, l’attente est immense. Son amour des créatures marginales, déjà au cœur de La Forme de l’Eau ou du Le Labyrinthe de Pan, semblait taillé pour cette histoire de créateur dépassé par son œuvre.
Le film choisit la fidélité au roman et met en avant une créature plus humaine que monstrueuse. Interprétée par Jacob Elordi, elle est présentée comme un être innocent, presque enfantin, confronté à la cruauté d’une société incapable d’accepter la différence. La question de la paternité, de la responsabilité morale et du rejet social traverse le récit avec sincérité.
Mais à force de vouloir clarifier le mythe, le film en gomme une partie de la complexité. Là où le roman brillait par son ambiguïté et la lente déchéance psychologique de Victor, l’adaptation paraît plus frontale, parfois simplifiée. Certains ajouts – comme un père autoritaire – ou le traitement du personnage d’Elisabeth, incarnée par Mia Goth, affaiblissent la richesse du matériau d’origine.
Visuellement, on attendait un choc. Del Toro, artisan amoureux des décors tangibles, livre de très beaux moments intimistes… mais certaines séquences en extérieur, trop numériques, détonnent et cassent l’illusion.
Résultat : une adaptation honnête, parfois touchante, sans doute la plus proche du texte à ce jour, mais qui manque de vertige et de noirceur. On espérait un chef-d’œuvre gothique ; on a un film appliqué, mais moins bouleversant qu’annoncé.
Avatar 3 : Le Chemin de l’Eau : le spectacle en roue libre ?
Avec James Cameron, la promesse est toujours la même : repousser les limites techniques. Depuis Avatar, Pandora est devenue un terrain d’expérimentation visuelle permanent. Ce troisième volet poursuit l’exploration, avec son lot de nouvelles tribus et de batailles monumentales.
Le problème, qui semble être relativement partagé, c’est la sensation de déjà-vu. Même structure, même montée en tension, même final explosif : la mécanique narrative semble calquée sur l’épisode précédent. Les thématiques écologiques et anti-colonialistes sont toujours présentes, mais sans véritable approfondissement ou réflexion.
La famille Sully, on en parle ? On n’en peut plus de cette famille censée incarner le cœur émotionnel du récit. Sauf qu’il n’en est rien. Oui, elle occupe encore tout l’espace au détriment des nouveaux enjeux, mais surtout pour nous resservir un bon vieux schéma familial à l’ancienne (pour ne pas dire franchement réac), où tout le monde semble, d’une manière ou d’une autre, prisonnier du patriarcat.
La vision du monde reste binaire : les pères grondent, font la guerre et prennent TOUT l’espace (logique, évidemment), tandis que les mères maternent dans un coin et c’est déjà visiblement beaucoup de place qu’on leur accorde. Même sur Pandora, les stéréotypes ont la belle vie.
Techniquement, c’est irréprochable : la 3D reste impressionnante, certaines scènes d’action frôlent le grand spectacle à l’ancienne, presque western. Mais la beauté plastique ne suffit vraiment plus à masquer la minceur du récit. Trois heures de film c'est beaucoup trop, on a plus le time, James.
Deux visions, un même sentiment
D’un côté, un mythe littéraire rendu plus accessible mais moins troublant. De l’autre, une fresque de science-fiction toujours aussi impressionnante visuellement mais qui semble tourner en rond.
Deux cinéastes majeurs, deux univers forts… et au final, une frustration commune : celle d’attendre une claque et de recevoir un film simplement “correct”.

